Bastide & Fils
Savoir-faire·7 min de lecture

24 heures dans l'atelier : à quoi ressemble vraiment notre journée

Une visite immersive de l'aube au crépuscule, par-dessus l'épaule des artisans. La machine à café, les copeaux, le silence du séchoir, le geste qui revient depuis trois générations.

Publié le 5 avril 2026

Atelier de menuiserie Bastide & Fils en région PACA

L'atelier ouvre à 7 h. Quatre artisans, dix essences de bois sous toit, une journée de travail. Voici ce qui s'y passe, sans filtre marketing.

7 h 12 — Le silence du séchoir

On commence par le séchoir. Une grande pièce ventilée à l'arrière, où dorment 80 plateaux à différentes étapes de séchage. Chaque bille est numérotée, datée, son taux d'humidité noté. Le bois met 18 à 24 mois pour atteindre 8-12 % — c'est notre stock du futur. Sans ça, pas de table stable dans dix ans.

Détail de veinage de bois noble séché à l'air libre
Le séchage long préserve les veines et stabilise la matière — 18 à 24 mois minimum.

8 h 30 — La table à dessin

Avant les outils, le crayon. Chaque commande sur mesure passe par une mise au point dessinée à l'échelle 1:5. On vérifie les jonctions, les épaisseurs, les tenons. Une erreur de 2 mm sur le plan, c'est 4 heures de rabotage à corriger plus tard. Le dessin n'est pas une formalité, c'est de la prévention.

9 h 45 — Le rabotage du plateau

Plus de café — on entre dans le bruit. Le rabot dégrossit, la dégauchisseuse aplanit, la calibreuse uniformise. Pour une dalle de noyer de 280 cm, comptez 3 heures à deux personnes. La poussière s'engouffre dans les aspirateurs centraux. On parle peu, on s'écoute beaucoup.

« Quand on rabote du noyer ancien, on découvre des choses qu'on n'avait pas vues sur la dalle brute. Un nœud caché, une fente endormie, parfois une bille de plomb d'une vieille chasse. Le bois raconte. »

Pierre, l'artisan en charge des grandes tables

12 h 30 — Pause midi sous le platane

L'atelier ferme une heure pile. On déjeune à l'extérieur quand il fait beau, ce qui est neuf mois sur douze ici. Le menu est cuisiné par l'un d'entre nous à tour de rôle. Vendredi midi, c'est aïoli — non négociable.

14 h — Les assemblages

L'après-midi, on assemble. Tenons traversants en queue d'aronde sur les tables familiales, scellement chimique pour les piètements métal. Le geste vient des Compagnons : marquer, percer, ajuster, monter à sec, puis encoller. Aucune vis apparente sur nos plateaux. Aucun raccourci.

Mains de l'artisan en train d'ajuster un assemblage en bois massif
Tenons, mortaises, ajustement à la chignole. La technique a 500 ans.

17 h — La finition à la main

L'étape qu'on ne peut pas mécaniser. Application de l'huile dure au chiffon, en suivant le fil du bois, couche par couche. Entre chaque couche, 12 heures de pause et un égrenage léger. Une pièce a typiquement 3 couches d'huile, parfois 4 pour le suar qui boit beaucoup. Compter 3 jours rien que pour cette étape — souvent répartis sur la semaine.

18 h 45 — Le ménage du soir

L'atelier ne ferme pas avant que les établis soient nettoyés, les copeaux balayés, les outils rangés. C'est une règle compagnonnique : tu laisses ton poste de travail comme tu aimerais le retrouver demain. Cinquante minutes, parfois plus si la journée a été chargée.


Notre histoire, notre démarche, les essences qu'on travaille.

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